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Pa villon

En bref



"Les Thuyas, ça fait des haies bien droites, ça pousse vite, ça nous cache."

Pa villon est un spectacle participatif où deux groupes de spectateurs, assis face à face, promptés par une « vidéo-partition » s'observent, se présentent et se parlent. La partition projetée sur des écrans surplombant chaque gradin, est composée de textes animés et de didascalies (textes à dire, gestes à faire). Le public, en se laissant guidé par celle-ci devient l'interprète «sur le qui-vive» d'une fiction mouvementée.

Pa villon est un jeu où le spectateur s'oublie individuellement, pour faire partie d'un collectif au service d'une polyphonie et d'une chorégraphie. Il est membre d'une chorale qui, tour à tour, fabrique un paysage sonore, interprète des chansons oulipiennes, et, dans une joute saugrenue de nodules verbaux et d'intrigues gestuelles, dialogue avec le groupe d'en face.

Anne de Sterk et David Rolland s'immiscent parfois dans ce pavillon pour orchestrer cette rencontre : hôtes, danseurs ou maître de jeux.

Il se dégage de Pa villon la poésie surannée d'une conversation entre voisins dans une zone pavillonnaire tirée à 4 épingles.

En détail



Pa Villon, mais pas loin

Au commencement, tout reste à inventer, pour l'ensemble des particules qui constituent encore un monde où règne un chaos indistinct : le public. Puis, le Ciel commence à se séparer de la Terre. Le vent dissémine, aux quatre coins de l'assistance, les points cardinaux. Le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest sont maintenant singuliers, campés dans leur quartier sur les gradins. Comme dans la divine Création : dire, c'est faire ; et la parole, sans fracas, cool, relax, devient acte, acteur d'une cosmogonie poétique inventée par les mots qui apparaissent et circulent à l'écran. L'univers est devenu profondément pneumatique, et tellement soyeux que le danseur David Rolland baigne un moment devant nous en pleine euphorie. Le mot invoque et provoque la chose qu'on me souffle à l'écran. Et du souffle, il m'en faut, pour faire le vent : « fff fff fff », la pluie : « Clouc Clouc. », l'orage : « baradaboum ! ratakata !», le bruissement des feuilles dans les arbres, les vagues. « C'est pas mal... », commentent, apparus sur le plateau central, les deux metteurs en scène Anne de Sterk et David Rolland. « On va continuer. »

Ainsi m'encourage-t-on à planter le décor, ses différents éléments : des arbres, des personnages, des pavillons. Parfois, le geste se joint à la parole pour désigner les peupliers. « Peupl', peupl', peupl', peu plier », pendant que mes bras s'ouvrent, s'étendent, se ramifient. Au juste, ils ne désignent pas l'arbre, ils l'incarnent. Je suis peuplier ; habitant, dans ses moindres recoins, la chair du mot. Les arbres, disséminés dans les jardins, ont donc poussé. Les haies de thuyas plus vite que les autres. « Les thuyas, ça fait des haies bien droites, ça pousse vite, ça nous cache », affirme une voix off. Ca y est, tu y es ; dans les thuyas. Au cœur du pavillon. Un tel atterrissage rend songeurs les résidents que nous jouons, moi et mes camarades de gradin, livrant aux autres membres du public d'inattendues et perplexes pensées, à la recherche d'un mystérieux Michel « dont on ne voit pas la queue ». Sur le gradin d'en face, 50 voix interprètent la parole tonitruante et moqueuse d'un voisin : « Ils sont pas doués, depuis l'début . Même la pluie, heu... moyen ». L'écran m'invite à riposter : « Quoi, la pluie ? Tu t'es vu en platâne ? ». A coté, ça réagit illico : « et toi ? Tuyau, tuyau, tuyau, tu crois que c'est mieux? ». Puis, les voix s'adoucissent, désamorçant la querelle de voisinage. Les deux gradins épient maintenant les réactions adverses ; des mimiques dubitatives, des gestes agacés pour chasser une mouche qu'en face, d'autres écrasent. Un ange passe. L'un des voisins engage la conversation qu'il cherche, gauchement, à maintenir, par des mots d'une banalité désarmante, jubilatoire, mélodique. « Fait pas cho. ». « Pas froid, toi ?». « C'était la can i cule, cet été ». Notre ritournelle de truismes semble faire effet : ça réagit positivement en face : « Vous êtes sympatik. Vous voulez v'nir? 10 manches en 4 pour 10 nez? » Les relations se tissent alors entre ces personnages informels, interprétés par un chœur, tantôt de femmes, tantôt d'hommes, d'une respiration plus ou moins ample et démultipliée.

L'heure est à la fête dans le pavillon. Courtoisie et convivialité de façade sont de rigueur. « Toute la crème de la cité pavillonnaire est là ! », s'enorgueillit-on ici. « Vous voulez une saucisse » ? », demande-t-on là-bas. Je joue des postures apprêtées, déclame des formules creuses : « Nous, on a planté des thuyas ». « Vous voulez un glaçon ? » « Un peu d'eau ? » « Oui ». Plus j'exécute consciencieusement mon rôle, dicté toujours à l'écran, plus je me délecte, avec l'ironie complice des deux auteurs, de la superficialité, si dérisoire, si délicieuse, de mes répliques. Car, dans cette parade mondaine qui confine, comme dans La Cantatrice chauve, de Ionesco, à l'absurde, l'imagination s'aventure sur des terres poétiques imprévues : - Comment tu t'appelles? - Pareil. - Ah, tiens ? Moi aussi je m'appelle Pareil ! Enfin, la conversation s'aggrave : « Au Ministère de la sexualité, il vont faire des réformes. La technique du retrait est maintenant prohibé », s'inquiète la maîtresse de maison, jouée par Anne de Sterk. S'adressant au public : « On est complètement manipulé, en somme». « Oui », nous ordonne de répondre l'écran. Un malaise parcourt alors l'assistance, qui, tenue en laisse sur son gradin, réalise être la première à se laisser manipuler. Je reçois alors avec soulagement la proposition d'affranchissement qui m'est faite de me lever, traverser le plateau central, échanger ma place contre celle d'un autre membre du public. Ainsi peut reprendre la comédie du raout, qui atteint son apothéose tout à tour symphonique et cacophonique. Aux quatre coins de la salle, fusent des voix qui flattent, qui grondent, qui interrogent. Je me retrouve à formuler machinalement des syllabes, « ket t », « long », « lent », sans comprendre : « chch erche un nôme bien dans c'est basse kette et dent son pan ta long mou lent.» Le public d'en face décode et pouffe. A l'issue de cette garden-party imaginaire, je n'ai pas retrouvé le mystérieux Michel qui s'est tant fait attendre, mais une énergie en moi s'est échappée ; Je me sens, oui, dééé ... dééé ... dééé ... « Dégoulinée ? » dééé... « Délibérément ? » déé... Décoincée.

Au fond, c'est vraiment à cet instant, une fois qu'on aura applaudi et salué les artistes, que le spectacle peut commencer.

Par Murielle Durand-G

Distribution



Distribution :

Chorégraphie et interprétation : Anne de Sterk et David Rolland ;

Animations flash : Claire Pollet ;

Création musicale et régie son : Roland Ravard ;

Programmation vidéo : Olivier Heinry ;

Création et régie lumières : Sylvie Debare


Partenaires :

Production : association ipso facto danse

Coproduction : Le Lieu Unique, scène nationale de Nantes dans le cadre de ''Chantiers d'artistes '', manifestation soutenue par le Conseil Régional des Pays-de-la-Loire.

Accueil studio : Le Grand R, scène nationale de la Roche-sur-Yon.

Résidence d'écriture : Parc-Saint-Léger, centre d'art de Pougues-les-Eaux.

En tournée


DatesHorairesVillesLieux
Décembre 2009
   
 27 au 31 décembre
9h30 et 16h15

Calais

Le Channel / Festival Feux d'hiver