Principe Toutes les personnes présentes sont invitées à suivre une partition sous la forme d’un carnet distribué à chacun. Ces carnets contiennent des indications très simples ; une bande sonore indique la page sur laquelle se trouve l’action à effectuer. Caractéristique importante : les spectateurs ignorent qu’ils n’ont pas forcément tous le même carnet puisque quatre types de partitions sont distribués.


© Julie Teyssou

Protocole A son arrivée, chaque spectateur reçoit donc un carnet. Lors de la distribution, il est précisé que la participation est facultative, mais que dans tous les cas, le plus difficile à faire est un "déhanché subtil". Libre à chacun de participer, comme ça, mine de rien… Tout est fait pour que l'appréhension de la participation fasse vite place à un esprit amusé. Postures, déplacements et gestes infimes sont effectués pendant un temps fixé par la bande sonore au rythme de 30 secondes à 2 minutes par action. Peu à peu les spectateurs comprennent en observant les autres qu'ils n'ont pas tous le même carnet. De plus, si les carnets sont de couleurs différentes, ces couleurs ne correspondent néanmoins pas à l'appartenance à un même groupe.

Axées sur une gestuelle issue du quotidien, les indications alternent des actions amenant à une conscience corporelle
"1 minute pour observer votre respiration",

ou à une conscience de l'espace :
"suivez des yeux le contour de la pièce".

D'autres permettent d'attirer l'attention sur l'autre :
"rapprochez-vous imperceptiblement d'une personne de votre choix, en fixant son oreille droite",

ou bien de créer une relation :
"sans tricher, attendez le signal de la musique pour faire demi-tour et découvrir la personne derrière vous avec laquelle vous entamerez une discussion passionnée sur la couleur de ses yeux".

Certaines actions provoquent donc un mouvement de masse, tandis que d'autres induisent des micro-situations. D'autres encore invitent le "lecteur" à être spectateur de la chorégraphie proposée par les autres groupes; le temps d'une ou deux pages.


© Coralie Bougier

adaptabilité Techniquement, la version "simple" des Lecteurs (chorégraphies collectives) comprend la distribution des carnets et une diffusion du son, mais la performance peut être enrichie par d'autres paramètres : La lumière dessine l'espace en créant des zones de couleurs. Outre le fait qu'elle rende l'espace plus confortable et souvent plus spectaculaire, elle favorise le déplacement du public : "Rendez-vous en marche arrière dans la zone bleue tout en observant le déplacement des personnes situées dans la zone rouge". La vidéo, qui permet plus facilement au public de re-devenir spectateur de la chorégraphie collective : le film, projeté en direct est obtenu grâce à une caméra située au plafond. La présence des danseurs invite ponctuellement les spectateurs à la danse via l'imitation : "Catalogue des mouvements autorisés lors d'une réception : reproduisez en miroir les mouvements de la danseuse située à jardin". La multi-diffusion du son permet également de matérialiser l'espace, grâce au travail sur les voix et les bruitages de la bande sonore : "Mettez votre corps à l'épreuve en suivant des yeux la provenance du son, pieds fixés au sol. Favorisez la torsion du buste en pliant les genoux".


Les lecteurs (chorégraphies collectives) est donc une performance modulable et déclinable pour de nombreuses situations. A chaque fois, elle est riche des rencontres qu'elle produit en induisant une torsion du regard sur notre gestuelle de tous les jours, en la considérant comme chorégraphique. D'ailleurs, pour prolonger l'expérience, l'autre côté du carnet que les spectateurs ramènent chez eux, contient Le lecteur, chorégraphie à faire tout seul (ou presque).